Pendant trois mois (janvier à avril), les carnavaleux se retrouvent, se « reconnaissent »... L'âge, le travail, la classe sociale n'ont pas d'importance dans la Bande. On peut être des proches au carnaval et ne pas se fréquenter dans la vie, se faire des zôt'ches (=baisers) et ne pas se reconnaître dans le civil. Le carnaval est une grande famille et il n'est pas question de manquer ce rendez-vous. Il est néanmoins important de savoir où l'on met les pieds : respect de la tradition, connaissance des chansons, des « règles » pour trouver progressivement son costume, sa place dans la bande.
Pendant que les tambours battent le rappel, l'énorme pagaille s'organise. Les masquelours (=carnavaleux), méconnaissables sous leurs maquillages bariolés, se prennent bras dessus, bras dessous pour former des lignes.
Les places du premier rang sont très convoitées, et s'acquièrent avec le temps, l'expérience et la reconnaissance par ses pairs, car c'est là que l'engagement physique va être le plus complet ; c'est aux premiers rangs qu'appartient le privilège de protéger les musiciens de la foule de carnavaleux qui les suit. être première ligne ne s'improvise pas
.Au signal du tambour-major (il porte le costume des grenadiers de l'empire napoléonien et dirige la musique qui rythmera la progression du cortège carnavalesque dans les rues de la ville) situé à l'avant-poste, fifres et tambours entament le rigodon d'honneur qui servait de rassemblement aux soldats de l'Empire. La foule compacte saute en cadence, on pousse déjà pour mettre les premières lignes à l'épreuve. Le tambour-major, à la tête d'une soixantaine de musiciens vêtus du ciré et du suroît jaune des pêcheurs, ordonne que cesse le rigodon afin que les fifres reprennent des airs traditionnels de marche connus de tous.
Le cortège s'ébranle.Déformée par les poussées soudaines, la cohue des masques avance en chantant, en hurlant plutôt dans les premiers rangs ! Durant quatre heures, la visscherbende (=bande des pêcheurs)déferle sur la ville comme une vague de fond au rythme des chahuts, des arrêts obligés des musiciens et des rendez-vous incontournables: jets de harengs, chapelles, rigodons.